Tout connecté, tout par abonnement: le bonheur du contrôle continu par les fabricants

Les médias rapportent récemment plusieurs affaires qui donnent à réfléchir, particulièrement quant à la tendance du marché de tout rendre disponible par abonnement, par des appareils de plus en plus connectés et susceptibles de contrôle à distance.

La première histoire, c’est celle dont parle cet article au sujet d’une nouvelle tendance de certains constructeurs automobiles (dont BMW) qui ont réalisé que, tant qu’à avoir des voitures connectées, pourquoi ne pas activer ou désactiver certaines fonctionnalités, selon que le propriétaire de la voiture paie ou non un frais mensuel pour telle ou telle fonctionnalité. Cet article cite donc l’exemple de BMW, en Corée du sud, qui permet l’utilisation des certaines fonctionnalités (sièges chauffants ou volant chauffant) si le propriétaire du véhicule paie un frais d’abonnement mensuel -à défaut, on désactive la fonctionnalité.

Oui, vous lisez bien, vous achetez la voiture mais PAS toutes les fonctionnalités (bien que les pièces fassent partie du véhicule), certaines ne seront en réalité disponibles pour usage que si vous payez un abonnement additionnel. C’est un peu comme le modèle du service de radio Sirius™ mais, cette fois, par rapport à du matériel existant qu’on active ou désactive, selon le cas. Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je trouve qu’il y a quelque chose là-dedans de dérangeant.

La seconde histoire dont je veux vous parler sur ce thème provient de cet article et touche cette fois des tracteurs de marque JOHN DEERE, volés par les forces Russes en Ukraine puis rendus inopérants à distance. Le concept est similaire à celui des sièges chauffants de BMW, mais ici le manufacturier a carrément désactivé les tracteurs au complet, quand il a été informé du vol d’un lot de ces machines. Résultat: les Russes ont mis le grappin sur plusieurs millions de dollars d’équipement de ferme rendu, depuis, totalement inutile.

Celle-là illustre qu’il peut certes y avoir du bon dans cette capacité à tout contrôler à distance, bien qu’il n’est pas très difficile de concevoir des usages plus néfastes et/ou abusifs de ce genre de capacités techniques.

La troisième histoire du genre qui m’a frappé cette semaine, c’est celle-ci issue d’un article révélant qu’une société du groupe Amazon a avoué parfois transmettre aux forces de l’ordre des images tirées de caméras RING installées chez des consommateurs, sans leur permission. Eh oui, tant qu’à contrôler un parc de caméras, pourquoi ne pas en faire profiter les policiers, de dire essentiellement la filiale d’Amazon, étant entendu que c’est pour le bien commun et, donc, qu’on ne devrait pas faire tout un plat de l’absence de mandat ou de consentement des propriétaires d’appareils. Vraiment? Oui, vraiment.

Comme vous pouvez le voir, il se dessine une tendance à mettre en marché puis laisser le public et les entreprises utiliser des appareils et des machines connectés, dont le contrôle réel réside de plus en plus ailleurs que dans les mains de l’acheteur ou de l’utilisateur. Avec l’adoption généralisée du modèle d’abonnement joint au tout connecté, la chose devient non-seulement viable mais aisée à faire. Pendant ce temps, nous, les utilisateurs peuvent très bien ne pas soupçonner que la donne a changé, dont quant à la possibilité pour les manufacturiers de se garder le contrôle, même une fois un objet carrément acheté. Auparavant, c’était techniquement impensable; de nos jours, on s’achemine rapidement vers quelque chose d’habituel.

La prochaine fois que vous vous munissez d’un appareil (fusse-t-il une caméra, une voiture ou un tracteur), posez sérieusement la question: que pourra continuer à faire le fabriquant après l’achat (à distance), en plus de mettre le firmware de l’appareil à jour? Vous pourriez être étonné de la réponse!

Instagram : cet espion dans votre poche?

Instagram et Facebook font l’objet d’une action collective aux États-Unis quant à l’accès à la caméra de certains cellulaires sans réelle permission des usagers. Si vous avez jamais envisagé que certaines applis vous espionnent, eh bien, il semble que ce ne soit pas de la pure paranoïa!

En effet, même si elles prétendent n’accéder à la caméra des appareils que quand un usager se sert de la caméra en utilisant l’application sur un appareil iPhone, la société Facebook et sa filiale Instagram accéderaient, semble-t-il, aux caméras pendant que l’appli est simplement activée. Selon ce que je comprends, en pratique, l’appli Instagram aurait donc été configurée pour considérer que l’usager «utilise» l’appli dès que celle-ci a été invoquée par l’usager, peu importe que ce soit 5 secondes, 5 minutes ou 5 jours avant. Vraiment? Oui, vraiment, semble-t-il (on parle pour l’instant d’allégations dans une poursuite, évidemment). C’est du moins ce qu’on semble apprendre en lisant la procédure déposée aux États-Unis par un usager au nom de l’ensemble des usagers qui auraient été ainsi espionnés par Facebook et sa filiale.

La nouvelle quant à cette forme d’espionnage émerge depuis juillet, suite à une mise à jour du système d’exploitation iOS, lequel permet dorénavant aux usagers de constater quelles applis utilisent (dans l’instant) la caméra de leur appareil, en temps réel.

L’action collective serait en cours d’examen par le tribunal, à savoir si l’affaire pourra aller de l’avant parce que suffisamment bien fondée. Parmi les allégations, on parle évidemment d’intrusion dans la vie privée des usagers (pensez-vous?) et de violation de la loi américaine en matière d’interception de communications privées, etc.

Les procédures introductives demandent notamment à ce que le tribunal considère d’ordonner à Instagram et Facebook de payer l’équivalent d’une pénalité dont le montant serait basé sur la quantité industrielle de profits générés par ces sociétés.

De son côté, Instagram et la maison-mère Facebook prétendent qu’il ne s’agit que d’une anicroche involontaire découlant d’une erreur de programmation dans l’iOS. Hmmm, ah oui, en anglais «passing the buck» — un classique!

En passant, je suis tombé sur cette affaire par l’entremise d’un vlogue (Vive Frei Vlawg) que je vous recommande, si vous aimez ce format et le droit. Bon visionnement si vous avez 20 minutes dans ce cas-ci.

Une autre raison pour moi de me féliciter d’avoir adopté Android.