Érosion continue de la ligne entre pub et réels résultats de recherche sur Google

Je tombais sur un bon article du magazine Wired hier matin, traitant du changement graduel de la présentation visuelle des publicités sur le moteur de recherche Google. En gros, on peut remarquer un effacement graduel de ce qui distingue visuellement la publicité des résultats «organiques» de recherche à l’affichage lorsqu’un internaute effectue une requête par l’entremise de Google.

Le journaliste fait remarquer que Google élimine de façon graduelle, depuis vingt ans, ce qui distingue la pub des véritables résultats de recherche. C’est graduel, mais bien réel.

En date de ce matin, on peut effectivement constater, en effectuant une recherche Google, que la seule indication que les premiers résultats affichés (vers le haut) constituent des résultats pour lesquels on a payé (c.-à-d. de la pub) se limite désormais à un très discret «Ad» au début de la description de ces résultats.

Quand une entreprise se plaint de la confusion qui peut survenir en ligne, les tribunaux ont souvent tenu compte du fait que les publicités sur Google sont étiquetées clairement comme telles. C’est à se demander si, à force de tels changements, cela demeurera le cas. Compte tenu du caractère, disons, très discret de la mention «Ad», l’internaute moyen, pressé, peut-il toujours faire la différence? C’est certes plus alléchant pour les annonceurs, mais cela ne rend pas exactement service à la personne moyenne.

 

Contrat intelligent trop stupide pour fonctionner? Eh oui, cela arrive

Pour ceux et celles qui s’intéressent au concept des contrats intelligents (ou «smart contracts»), les médias rapportaient récemment une histoire intéressante illustrant les dangers du concept technologique en question avec les déboires de la cryptomonnaie YAM.

Comme on s’en souviendra, le concept du contrat intelligent implique la création (et on parle de technique ici, pas de relation entre deux parties) de règles qu’on associe à un actif intangible, comme une cryptomonnaie. Les applications potentielles sont nombreuses, mais, en pratique, pour l’instant, souvent limitées aux cryptomonnaies. Une fois la règle imbriquée (en quelque sorte) dans un système numérique, l’ordinateur est alors placé aux commandes et ceux qui veulent interagir avec l’actif en question sont alors régis par ces règles fixées au départ.

Dans le cas de YAM, un contrat intelligent avait été créé pour gérer notamment les règles touchant le consensus des usagers (comme des actionnaires de société par actions) dans un but de gouvernance de la cryptomonnaie en question. Le hic avec ce concept, c’est que si on commet une erreur au moment de programmer le contrat intelligent, il peut s’avérer ensuite impossible de corriger l’erreur. C’est ce qui s’est passé avec YAM, moins de 2 jours après son lancement, alors qu’on a découvert l’erreur suivante dans le code:

Smartcontract error

Comme c’est souvent le cas en programmation, une différence qui peut sembler mineure à un néophyte peut pourtant s’avérer catastrophique du point de vue de la fonctionnalité du programme. C’est ce qui s’est passé ici, alors que l’erreur dans le code régissant YAM (impossible à corriger une fois le contrat intelligent coulé dans le béton, pour ainsi dire) entraîne la création de trop d’unités de cette cryptomonnaie, empêchant ainsi l’atteinte du quorum requis pour prendre des décisions de consensus entre les usagers dans certaines circonstances. Bref, l’erreur a rendu YAM non viable, et la cryptomonnaie a donc avorté.

Comme quoi il n’y a pas qu’en droit qu’un mot ou une virgule de trop peut coûter cher!

Il s’agit ici d’une bonne illustration du problème que la création de règles immuables, comme ce qui se passe avec un contrat intelligent, peut avoir comme conséquences graves, même quand toutes les parties s’entendent pour dire que ce qui a été écrit ne représente pas réellement ce qu’on visait comme résultat. Avec un contrat normal (juridique), les parties s’entendent simplement pour apporter un correctif, alors qu’avec un contrat intelligent, c’est l’ordinateur qui décide, s’appuyant sur les instructions immuables du départ.

Avec ce petit problème, en une trentaine de minutes, YAM a vu sa valeur passer de 60M$+ à un beau 0$. Ouch!

On a beau appeler ce genre de dispositif un «contrat intelligent», l’intention des parties n’a que peu à y faire, puisque c’est le code qui ultimement décidera du fonctionnement du système qu’on aura ainsi créé.

L’absence de certification des numéros téléphoniques affichés et l’arnaque «Service Canada»

Depuis quelques semaines, je reçois en moyenne 3 ou 4 appels de tentative de fraude par jour, sur mon cellulaire: des appels prétendument de «Service Canada». Selon un article de La Presse ce matin, je ne suis pas le seul, loin de là.

L’article confirme que la plupart des Canadiens reçoivent souvent des appels automatisés les invitant à composer le 1 pour parler à un préposé du gouvernement qui enquête sur une fraude relative à leur numéro d’assurance sociale. Difficile à croire, mais il semble que l’arnaque circule depuis plus de 5 ans au Canada et qu’elle continue de faire des victimes.

La GRC connaît bien le dossier, mais s’avoue largement impuissante à mettre un terme à l’arnaque en question, notamment parce que les centres d’appels des fraudeurs sont habituellement situés en Inde. Eh oui, les criminels aussi sont passés à la mondialisation.

Si vous êtes curieux de savoir si ce qui se produirait si vous appuyiez effectivement sur 1 lors d’un tel appel, le journaliste l’a fait pour nous, afin de voir là où cela menait. En gros, le malfrat qui prend alors l’appel tente de vous convaincre par divers moyens que votre numéro d’assurance social a été compromis et que vous devez mettre l’argent de votre compte bancaire entre ses mains. C’est évidemment plus complexe que cela, mais c’est le résumé. Même si cela peut sembler risible comme arnaque, des Canadiens (souvent peu éduqués ou âgés) s’y font prendre, dont 739 victimes au Canada depuis juin 2020 seulement! Oui, à permettre à des arnaques pareilles de continuer à tourner, des individus se feront tôt ou tard attraper, c’est la triste réalité.

En pratique, les fraudeurs évitent d’être repérés en affichant des numéros falsifiés sur les afficheurs de leurs victimes potentielles. Souvent, pour augmenter les chances que la cible décroche et prenne l’appel, le numéro choisi adopte le même indicatif régional (514 à Montréal, par exemple). Ce qu’ignorent encore beaucoup de gens, c’est que l’afficheur peut aisément être berné par les fraudeurs. Eh oui.

En pratique, la chose principale qui permet l’existence de cette arnaque, c’est le fait que le système de téléphonie canadien ne permet pas encore de valider le numéro affiché sur notre appareil lors de la réception d’un appel. Difficile à croire, mais le système canadien n’a toujours pas mis en œuvre de système produisant des certificats qui valideraient les numéros déclarés aux afficheurs. Oui, encore en 2020, il suffit à un fraudeur de se munir d’un dispositif très peu coûteux et largement disponible afin d’afficher le numéro qu’il souhaite lors d’un appel (du «spoofing»). On serait cependant à étudier la chose pour y arriver un jour.

En attendant, les Canadiens doivent recevoir les appels en question, sans espoir de recours ni de fin en vue de ce problème. Il faut avouer que même sans risquer de s’y faire prendre, cette arnaque nous cause collectivement des pertes de temps que j’aimerais bien voir enrayées, sans parler du risque que de tels appels font courir à ceux qui s’avèrent vulnérables, mais dotés d’un appareil téléphonique.

Pour le moment, je vous recommande de faire comme moi et de filtrer vos appels. Le problème par contre, en ne décrochant que pour mes contacts dont mon appareil connaît le numéro) c’est que les fraudeurs me laissent alors un message, que je devrai manuellement supprimer. Dans la catégorie «Y en aura pas de facile!».