Le problème continu des rançongiciels: de pire en pire

J’assistais cette semaine à MAPLESEC, une conférence organisée par IT World Canada afin de parler de la cybersécurité au Canada, sur quelques jours. Super intéressant!

À ce sujet, on  apprenait cette semaine que dans la dernière année, la majorité des entreprises canadiennes qui ont été victimes d’une cyberattaque par l’entremise d’un rançongiciel («ransomware», en anglais) admettent avoir payé la rançon. Comme on peut l’imaginer aisément, cette tendance de payer les malfrats pour récupérer nos données et/ou empêcher leur dissémination s’avère très problématique. Si les victimes paient généralement, les cybercriminels sont incités par la loi du marché poursuivre leurs activités liés aux rançongiciels – c’est tout simplement trop tentant.

Un rapport récent de l’entreprise de cybersécurité Sophos révèle que près du tiers des sociétés interrogées auraient été victime d’une attaque de ce type au cours de la dernière année.

Avec des stats pareilles, pas étonnant qu’un expert en assurance entendu cette semaine à MAPLESEC nous disait que les assureurs sont actuellement en hémorragie à cause des coûts associés aux réclamations attribuables aux rançongiciels. Semble que le coût des primes d’assurance pour assurer ce genre de risque exploseront, afin de permettre aux assureurs de demeurer rentables. Le conseil de l’expert à ce sujet d’ailleurs, était de vous munir de la meilleur couverture d’assurance que vous pouvez vous payer, dès maintenant. N’attendez pas!

Pas très étonnant non-plus, dans un tel contexte, que certaines juridictions, dont les États-Unis, contemplent adopter des lois qui règlementerait le paiement des rançons liées à ce genre d’attaque. Le projet de loi américain déposé récemment (le Ransom Disclosure Act), par exemple, exigerait que les entreprises qui paient de telles rançons en divulguent les détails dans les 48 heures au Department of Homeland Security. On est pas à interdire carrément te tels paiements, mais c’est clair qu’on commence collectivement à y penser, incapable d’endiguer ce déferlement de cyberattaques du genre.

Pas de doute, ce problème continu de nous confronter collectivement avec la réalisation que la négligence collective par rapport à la cybersécurité nous a mené dans un cul-de-sac, dont il faudra maintenant essayer de s’extirper en améliorant considérablement comment on gère tous notre cybersécurité.

Des millions en récompense pour tenter d’endiguer le problème des rançongiciels

Les États-Unis offrent depuis peu une récompense de millions de dollars, pour tout renseignement pouvant mener à l’identification, l’arrestation ou la condamnation des cyberpirates responsables d’attaques de rançongiciels récentes.

Nos voisins du sud se rendent en effet récemment à l’évidence que le gouvernement s’avère à lui seul bien incapable de protéger l’infrastructure américaine contre les attaques de type rançongiciel (ou «ransomware»). Compte tenu de ce qui devient récemment une épidémie (une pandémie, même), le gouvernement cherche donc de nouvelles façons de mieux protéger les citoyens et les entreprises, particulièrement contre les gestes et les attaques de ce type qui sont initiées (directement ou indirectement) par des gouvernements étrangers, tels ceux de la Chine, de la Russie ou de la Corée du nord. Pour ce faire, comme certains le proposait depuis un moment (nous en parlions il y a quelques semaines), le gouvernement espère maintenant pouvoir compter sur le concept des chasseurs de prime, en offrant désormais des récompenses pour les cyber-experts et cyber-enquêteurs qui fourniraient des renseignements menant à la capture des pirates informatiques responsables de certaines attaques récentes particulièrement efficaces.

Selon plusieurs, l’offre de telles récompenses s’avère un indicateur clair à l’effet que l’administration Biden entend bien agir pour tenter d’endiguer un problème devenu critique et auquel font désormais face des individus et des organisations de toutes sortes. En plus de telles récompenses, les États-Unis entendent aussi renforcer leurs cyberdéfenses, continuer à resserrer les contrôles du système bancaire et financier (en rendant plus difficile d’encaisser de la cryptomonnaie payée en rançon), en plus d’améliorer la collaboration entre les divers pays affectés ou impliqués.

Bien que le concept d’une affiche du genre «REWARD» fasse un peu «Wild West», il faut bien avouer que les attaques récentes de type «ransomware» nous donne à tous une impression de vivre dans un territoire (numérique) où la loi semble ne pas encore réellement s’appliquer. Ce faisant, peut-on blâmer le gouvernement américain de vouloir revenir aux récompenses afin de motiver le privé et les citoyens à s’en mêler?

Faire payer la rançon liée à une attaque informatique par un assureur: une fausse bonne idée?

Confrontées à un risque sans cesse grandissant d’attaques par rançongiciel («ransomware»), certaines entreprises s’assurent désormais spécifiquement contre ce risque. Certains assureurs offrent, en effet, une telle couverture, payant essentiellement la rançon si jamais une société assurée se retrouve aux prises avec un incident lié à un rançongiciel. Eh oui, le problème est à ce point préoccupant pour les entreprises, ce qui a ouvert un nouveau marché pour les assureurs.

Récemment, l’assureur européen AXA a pris la décision, en France, de suspendre ses activités liées à la couverture d’assurance liée aux rançons de ce genre, dont suite à des commentaires des autorités. Sans y être obligée, AXA opte ainsi pour ne plus assurer ces nouveaux clients français afin de payer les rançons de ce type à l’avenir pour eux.

Selon plusieurs (dont le FBI), le paiement des rançons (et donc l’existence d’assurance destinée à les payer), exacerbe indirectement le problème, les criminels réalisant qu’une partie des entreprises paieront effectivement les rançons qui leur seraient demandées. Ce type de couverture d’assurance augmente donc les chances qu’une victime typique opte de payer une rançon. Puisque les attaques de ce type s’avèrent plus susceptibles de résulter en un paiement, elle s’avèrent plus viables pour les criminel (dans l’ensemble), aggravant ainsi le problème à moyen terme. Effet pervers, si vous voulez.

D’ailleurs, après la déclaration d’AXA qu’elle cessait d’offrir ce type spécifique d’assurance en France, les pirates informatiques (du groupe russe Avaddon) semblent avoir délibérément ciblé AXA avec une attaque de type DDoS, dans le but de la punir. La décision de l’assureur semble donc déranger les criminels, ce qu’on pourrait certainement voir comme un argument pour tenter d’interdire désormais aux assureurs  d’offrir ce genre de couverture d’assurance. Devrait-on modifier nos lois pour l’interdire? La question se pose.

Bien que cela ne règlera certainement pas le problème, on pourrait peut-être ainsi cesser de jeter de l’huile sur le feu. D’ailleurs, devant un problème qui s’aggrave, plusieurs sont à proposer qu’on repense notre approche collective pour tenter d’endiguer le problème des rançongiciels.