À propos de Techtonik Legal

Je travaille en tant qu'avocat au Canada et pratique principalement dans les domaines des technologies et des intangibles, incluant quant à ce qui touches les technologies, la propriété intellectuelle, les télécommunications et les renseignements personnels.

Super Resolution: quand la réalité rattrape la fiction grâce à l’intelligence artificielle

Pas de doute, la démocratisation des applications liées à l’intelligence artificielle l’«IA») nous amène chaque jour de plus en plus près de choses longtemps considérées comme de la science-fiction. Dernier exemple en lice : l’outil Super Resolution d’Adobe, qu’elle a récemment ajouté à son application Lightroom.

C’est bien connu, la présence d’une invention dans une œuvre de science-fiction mènera souvent (éventuellement) à la création de cette invention dans la vie réelle. Ce phénomène a été souvent démontré, alors que des scientifiques et des inventeurs sont inspirés par ce qu’ils lisent ou voient au cinéma ou à la télévision, par exemple quand ils sont jeunes.

Cette fois, c’est d’une chose très souvent présentée dont il s’agit, et pas seulement en science-fiction, mais aussi souvent dans des émissions de télé ou des films : le super zoom/nettoyage d’image magique. Vous savez? Un enquêteur/protagoniste est face à une photographie floue qui recèle peut-être une preuve ou un élément crucial. La solution : demander à l’ordi, par une simple commande (souvent, un clic) d’améliorer l’image et – pouf! On voit soudainement apparaître tous les détails requis dans la photo, comme par magie. Il s’agit d’un truc trop souvent utilisé, tant à la télévision qu’au cinéma, et ce, même s’il est impossible (ou à tout le moins pas mal moins performant ou spectaculaire) dans la vraie vie.

Eh bien, Adobe veut corriger cela avec son nouvel outil nommé Super Zoom, lequel permettrait, si on en juge par la démonstration en ligne ici, de doubler la résolution d’une image, en en améliorant la définition. Comme vous le savez peut-être, en temps normal, le fait de simplement doubler les pixels d’une image la rend floue — mais pas avec cet outil d’Adobe! En fait, en utilisant Super Zoom, les images floues acquièrent une définition étonnante grâce à un algorithme d’IA (d’apprentissage automatisé, en fait), qui devine ce qui devait se trouver dans les portions manquantes de l’image, intercalé entre les pixels effectivement présents dans l’image. Le résultat : si l’image initiale était floue, on finit avec une image relativement nette, bien que toujours imparfaite, évidemment.

Il s’agit là d’un exemple de plus de notre obsession collective à concrétiser, tôt ou tard, ce qui a été imaginé par la science-fiction. Dans le film Blade Runner, par exemple, le personnage principal dicte des commandes vocales à son écran/ordinateur afin d’agrandir une photographie, en «zoomant» à répétition afin de déceler des détails de plus en plus fins, jusqu’à trouver un indice enfoui dans un détail initialement imperceptible de la photo. Voilà quelque chose qu’on peut aujourd’hui reproduire, à l’aide d’un assistant personnel (comme Google Assistant) et de la fonction Super Resolution, deux outils rendus possibles par des applications liées à l’IA. Je ne serais d’ailleurs pas étonné qu’un geek passionné de sci-fi soit déjà à tenter de reproduire la scène en question du film Blade Runner!

La fin d’un paradigme d’interface sur PC: déplacez vos barres de tâches et onglets sur le côté!

Je remarquais récemment qu’on réalise finalement, après plus de dix ans à progresser vers des écrans beaucoup plus larges que hauts, qu’on devrait peut-être adapter les interfaces logicielles. Je me permets d’en discuter ce matin, m’éloignant un peu du droit le temps d’un billet. Disons qu’assis devant un ordi à longueur de journée, cela s’avère pertinent pour nombre d’usagers de PC, moi compris!

Comme vous l’avez peut-être remarqué, depuis des années, les fabricants d’écrans d’ordi vendent de plus en plus d’écrans « larges », sans doute notamment motivés par le ratio (nombre de pixels horizontaux versus verticaux) des films tournés pour le cinéma, mais désormais souvent regardés à l’ordi. Tellement, en fait, que c’est désormais presque la norme, pour les ordinateurs de bureau (c.-à-d. qu’on ne parle évidemment pas ici d’appareils mobiles) à tout le moins. En effet, pour les ordis de bureau, l’écran typique adopte désormais une forme très rectangulaire, comme un écran de cinéma.

Cela contraste avec la forme presque carrée d’un téléviseur comme ceux qu’on branchait aux premiers ordinateurs personnels. («Flashback» ici de l’ordi de marque Amiga de mon ami Erick ou de mon ordi de marque Commodore VIC-20, circa 1982.) Du carré, on est ainsi graduellement passé à des écrans dont la forme est un rectangle beaucoup plus large que haut. À l’heure actuelle, pour vous donner une idée, la résolution de mes écrans est de 1920 X 1080 pixels. Cela signifie que mes écrans sont 2 fois plus larges que hauts. (C’est d’ailleurs le même phénomène avec les téléviseurs actuels, qui s’acheminent vers la norme 4K, dont la résolution est de 4096 X 2160.) C’est la grande tendance des dix dernières années et une tendance qui est visiblement là pour de bon.

Ce faisant, l’usager moyen assis devant un ordinateur de bureau dispose dorénavant de passablement plus de superficie habitable à l’écran. Plus d’espace à l’écran, plus de choses affichables en même temps, meilleures résolutions, des images plus définies et agréables à regarder, etc. Bref, tout le monde gagne, non?

En fait, ce qu’on réalise maintenant, c’est que cette bonification de nos écrans s’est opérée sans qu’on remette collectivement en question nos interfaces logicielles, notamment la façon dont l’ordi affiche les éléments fonctionnels à l’écran, comme les menus. En gros, on a élargi nos écrans, mais en oubliant d’adapter l’interface pour en tirer profit. C’est que, voyez-vous, depuis toujours, le haut et le bas d’un écran typique est accaparé par des menus, des onglets et des raccourcis, qu’on s’est collectivement habitué à voir stationnés là, et ce, depuis le début des interfaces graphiques (GUI).

Résultat : bien que nos écrans soient désormais très larges, l’espace précieux en haut et en bas des nos écrans est perpétuellement gaspillé. Un des impacts de cela est que nous passons collectivement désormais beaucoup de temps à faire défiler l’écran («scroll-down»), parce que nous sommes incapables de tout afficher sur la portion immédiatement visible de l’écran. En gros, c’est du gaspillage quotidien, chronique, de notre temps et de nos énergies. Bon, voilà, je l’ai dit.

Avec cela, j’en arrive finalement à mon point : Microsoft mettait récemment à jour son fureteur Edge (désormais basé sur Chromium), afin de déplacer la barre d’onglets du haut vers la GAUCHE de l’écran. Eh oui, les producteurs de logiciels commencent finalement à comprendre que l’espace vertical de nos écrans est précieux.

Le problème dépasse d’ailleurs largement (sans mauvais jeux de mots) les applications; il existe de façon très fondamentale dans les systèmes d’exploitation, incluant Windows. Heureusement, de ce côté, Windows 10 offre désormais la possibilité pour l’usager d’évacuer la barre de tâche (traditionnellement placée au bas de l’écran) vers le côté de l’écran. Je vous recommande de l’essayer.

En prime, je vous dirais que si vous utilisez plusieurs écrans, le fait de déplacer cette barre (si souvent invoquée par l’usager) a aussi l’avantage d’en faciliter la manipulation en la rapprochant de l’endroit moyen où se trouve votre curseur à tout moment.

Sous Windows 10, ma recommandation quant à la configuration de votre barre de tâches est la suivante, que je vous offre comme truc de productivité facile à déployer:

  1. affichez la barre de tâches de Windows sur la droite du premier écran (celui situé du côté gauche, si vous avez 2 écrans);
  2. configurez les paramètres d’affichage de Windows pour ne PAS afficher la barre de tâches sur l’autre écran (j’y parviens grâce à une appli nommée Ultramon);
  3. vous avez alors un «pilier» au centre de vos écrans, plutôt qu’une barre en bas;
  4. autre avantage de cette configuration :  en plaçant la barre de tâches à droite, vous évitez notamment que vos onglets d’Edge ne soient affichés dans une 2e rangée sur la gauche, si vous utilisez ce fureteur et déplacez effectivement vos onglets du haut vers la gauche de l’écran.

Essayez-le, vous m’en donnerez des nouvelles! Je ne serais pas surpris que de plus en plus de producteurs de logiciels aillent aussi dans cette direction, ne serait-ce que pour donner le choix à chaque usager du côté de l’écran où il désire placer ses menus, onglets et raccourcis — il était grand temps!

Le géant de la porno MindGeek (Pornhub): du Canada, au Canada, mais pas canadien?




Les médias rapportent ce matin que la société MindGeek aurait pris la position, devant une demande de la GRC remontant à 2018, qu’étant un groupe dont le siège social est (juridiquement) situé au Luxembourg (ben, c’est son «domicile», vous voyez?), elle n’avait pas à respecter des lois comme la Loi concernant la déclaration obligatoire de la pornographie juvénile sur Internet par les personnes qui fournissent des services. Selon MindGeek, elle n’est pas suffisamment rattachée au Canada pour appliquer cette loi. Oui, vraiment.

Fait intéressant à ce sujet, les grands dirigeants de la société en question sont canadiens, tout comme la majorité de ses employés, notamment ceux qui travaillent à ses bureaux principaux, à Montréal); MindGeek possède aussi toute une panoplie d’entités corporatives, y compris au Canada et au Québec, notamment sa filiale 9219-1568 QUÉBEC INC. En telles circonstances, je serais curieux de savoir quel juriste aurait prétendument affirmé qu’avoir une société-mère à l’étranger exemptait un groupe pareil d’obéir aux lois canadiennes de ce genre.

Selon Wikipédia (oui, oui, je sais) et le journaliste Maxime Bergeron, «MindGeek serait la plus grande entreprise du monde de l’industrie pornographique». On ne parle donc pas ici d’une PME exploitée à partir d’un sous-sol de bungalow à Laval — on parle d’une société milliardaire, comme l’expliquait ce reportage de 2019 de Radio-Canada. Franchement, il est difficile de ne pas tirer de conclusions défavorables quant à cette entité en lisant tout ce qui est publié à son sujet.

Sans vouloir faire preuve de trop de cynisme, avouons que le fait pour un groupe québécois d’aller s’incorporer une société ombrelle dans un paradis fiscal (comme le Luxembourg) semble un peu facile comme raison de ne pas lui appliquer des lois canadiennes de ce type, en pareilles circonstances, et ce, peu importe l’endroit où se situent peut-être les serveurs à l’étranger.

La loi que MindGeek aurait déclarée non applicable prévoit notamment des obligations pour les exploitants de sites porno d’aviser les autorités et les forces de l’ordre, si/quand  elles constatent la présence de pornographie juvénile sur leurs serveurs.  Ce que rapporte La Presse par rapport au défaut de MindGeek de se plier à la loi en question, c’est  qu’au lieu de fournir des renseignements à la GRC, MindGeek se contente de répondre qu’elle avise déjà des autorités étrangères quand elle constate des problème de pédopornographie chez elle, nous laissant tirer nos propres conclusions. Vous voyez la différence? Ah bon…

Pour me faire l’avocat du diable (qui n’est pas normalement client chez nous) : cette loi prévoit qu’une entreprise n’a pas à aviser les autorités canadiennes si elle avise déjà une autorité étrangère, comme le National Center for Missing and Exploited Children aux États-Unis (le «NCMEC»). Selon MindGeek, elle signalerait les problèmes de ce type (depuis 2020, du moins) au NCMEC, se conformant donc maintenant en partie à la loi visée (vue l’exception de l’art. 9 de cette loi), du moins pour ce qui est d’aviser les autorités compétentes (non policières).

Entre vous et moi, même si c’est ce que fait MindGeek, il resterait l’autre article exigeant d’aviser les policiers (l’art. 3 de la loi en question). Ça, on n’en parle pas. Cet article 3 se lit comme suit :

Si la personne qui fournit des services Internet au public [c.-à-d. MindGeek] a des motifs raisonnables de croire que ses services Internet sont ou ont été utilisés pour la perpétration d’une infraction relative à la pornographie juvénile, elle en avise dans les meilleurs délais (…) un agent de police ou toute autre personne chargée du maintien de la paix publique.

Malgré l’existence de cet article, La Presse rapporte relativement à MindGeek que: «Selon la police fédérale, l’entreprise web ne lui a directement rapporté aucun cas d’exploitation sexuelle de mineur en 10 ans.» Oui, vous lisez bien: AUCUN — zéro, zilch, niet, nada, zippo, none.  D’après vous, compte tenu des millions de vidéos téléchargées sur des plateformes majeures de porno (telles PORNHUB, REDHUB, etc.) et des nombreuses plaintes dont ont récemment fait état les médias, est-it probable que MindGeek n’ait eu aucun «motif raisonnable» de conclure à la présence d’un quelconque élément de pornographie juvénile sur ses serveurs? Depuis dix ans? Humm… laissez-moi réfléchir.

Cette plus récente révélation arrive à un moment où la société MindGeek demeure dans l’eau chaude, depuis que de nombreuses femmes se sont plaintes publiquement d’images intimes diffusées (sans autorisation) par PORNHUB et de l’attitude disons laxiste de ce groupe d’entreprises. On tente même actuellement de coller une action collective à MindGeek, au Québec, à ce sujet.