Un pas de plus pour l’initiative canadienne de paiement en temps réel (PTR)

Le Canada continue d’améliorer ses outils de paiement, y compris les solutions permettant aux personnes et aux entreprises de payer en ligne et/ou de façon mobile. Dans le dernier exemple de cette tendance, Paiements Canada annonçait récemment qu’elle a finalement opté pour INTERAC CORP. (l’exploitant du système INTERAC®) comme fournisseur de technologie d’échange relativement au projet de paiement en temps réel pour le Canada (ce qu’on surnomme le «PTR», ou «RTR» en anglais).

Ce qu’il faut comprendre à ce sujet, c’est que bien qu’il existe à l’heure actuelle plusieurs solutions de paiement en ligne, leur rapidité s’avère en réalité toute relative. En pratique, par exemple, votre banque vous permet d’expédier de l’argent en effectuant une transaction numérique, mais le fonctionnement en arrière-plan impose des délais (de quelques minutes à quelques heures) au transfert réel des fonds. En effet, bien que vous ne le perceviez pas, l’argent qui est acheminé par ces types de dispositifs numériques n’est habituellement pas réellement transféré, les banques vous donnant l’illusion d’un transfert très rapide, pendant qu’en arrière-plan, elles se prêtent essentiellement l’argent pendant qu’elles négocient réellement les sommes, afin de pouvoir donner l’impression à leurs clients que tout se fait en temps réel, de façon plus ou moins instantanée. Oui, vous recevez l’argent expédié par votre cousin, mais en réalité, les deux banques impliquées prendront du temps pour réaliser toute la transaction, même si vous n’en avez pas conscience.

Le projet de paiement en temps réel canadien changera la donne à ce sujet, en échafaudant un système dont les transactions effectueraient réellement les transferts d’argent, de façon instantanée, sans délai et sans l’illusion que les systèmes actuels impliquent. Pour y arriver, on mariera la solution d’échange d’INTERAC avec la solution VOCALINK (de Mastercard) afin de combiner les fonctions d’échange (c.-à-d. de transfert d’argent) avec une technologie de compensation et de règlement, dans le but de concaténer tout cela, en faisant tous ces transferts en temps réel.

Autre avantage du système PTR, les transferts et paiements effectués par ce système pourront s’avérer IRRÉVOCABLES, contrairement aux paiements INTERAC® actuels, par exemple.

On prévoit la mise en service du système PTR d’ici un an ou deux.

Base de données de Clearview: clairement en violation des règles canadiennes en matière de protection des renseignements personnels

On rapporte ce matin que le commissaire à la protection de la vie privée déclarait cette semaine que l’entreprise Clearview AI a violé les droits des Canadiens à grande échelle par l’entremise de son système de reconnaissance faciale. La base de données créée par Clearview en configurant son système pour naviguer au hasard du Web et des réseaux sociaux en fichant tout un chacun des individus que le système peut repérer et identifier. Le système aurait ainsi emmagasiné trois milliards de photographies de visages d’individus. Oui, MILLIARDS.

En fichant autant de Canadiens sans aucune permission, l’entreprise aurait donc en un sens violé la loi canadienne, d’une façon qui met les personnes à risque, notamment d’abus par les forces de l’ordre (par exemple par la GRC, jusqu’à récemment un bon client de Clearview). En pratique, à tout le moins, c’est le résultat.

On comprendra qu’il y a quelque chose de dérangeant dans une situation où des policiers pourraient ne pas avoir le pouvoir de faire X, mais y parvenir en passant par un produit comme Clearview. Devrait-on se formaliser qu’un corps policier puisse entrer la photo d’un suspect dans le système de Clearview et l’identifier, sans aucun mandat?

Du côté de l’entreprise même, on peut aussi voir comme étant problématiques les pratiques d’une société dont le système surfe en ligne et sauvegarde (c’est-à-dire inscrit sans vergogne dans sa base de données) les photos de tous les individus qu’elle parvient à identifier. Euhhh, pensez-vous?

Plusieurs commissaires (provinciaux) à la protection de la vie privée ont d’ailleurs joint leur voix à celle du commissaire fédéral à ce sujet. L’entreprise, elle, refuse d’admettre que ses activités s’avèrent problématiques, notamment parce qu’elle est américaine et donc, selon elle, non liée par les lois canadiennes. Clearview s’est d’ailleurs retirée du marché canadien en 2020, en cessant en principe d’offrir l’accès à son système à des organisations canadiennes. Selon elle, n’ayant plus de connexion suffisante avec le Canada, elle peut faire ce qu’elle veut, peu importe que cela puisse froisser les sensibilités de quelques citoyens canadiens. En vertu de la loi canadienne à ce sujet, cette position est malheureusement défendable, ce pour quoi les autorités pourraient bien frapper un mur si elles tentaient de déposer de réelles procédures contre Clearview.

À tout événement, les commissaires invitent à nouveau Clearview à supprimer les photos des Canadiens qui auraient été fichés (sans permission) dans sa base de données. Permettez-moi de ne pas retenir mon souffle pendant qu’on attend que Clearview se conforme à cette invitation.

Transformation numérique et cartes d’identité: le projet en chantier au Québec

Le journal La Presse rapportait récemment les propos du ministre Éric Claire qui confirme que la province du Québec est à préparer un portefeuille numérique qui, dès ce printemps, pourrait permettre aux citoyens de prouver leur identité lorsque requis. Le système permettrait son chargement sur un téléphone cellulaire, par exemple.

L’idée, déjà en phase de déploiement ailleurs dans le monde, serait de mettre en œuvre un système permettant aux individus de prouver leur identité lorsqu’un fonctionnaire, les forces de l’ordre ou une entreprise quelconque leur demande de le faire. Le système viserait donc à remplacer les cartes physiques (comme le permis de conduire) que l’archaïque gouvernement du Québec nous force encore à trimbaler dans notre porte-monnaie.

Le système envisagé aurait aussi l’avantage de permettre de ne fournir aux commerçants, par exemple, que les renseignements qui s’avèrent réellement utiles à une transaction, par opposition au permis de conduire actuel, qui révèle des choses au marchand qu’on pourrait vouloir ne pas lui fournir. 

Il semble que le Québec espère pouvoir combiner la preuve d’identité au transactionnel, ce qui s’avère peut-être en fournir plus au client qu’il n’en demande, franchement. Selon moi, commençons par permettre d’authentifier les personnes de façon numérique, le reste suivra bien!

À voir maintenant combien de temps et pour quel coût notre gouvernement parviendra (ou pas) à déployer cette merveille annoncée.